Abdelaziz,
le coq et la mort
Parodie mystico-politique
Vêtue comme une indienne d’un sari sahraoui, son
épouse lui a donné du jasmin à sentir. De son lit, il regardait une étoile se
faner et un avion vrombir au loin. Il eut l’impression d’être touché par un
ange et de voir le ventiler des ailes de colombe, irisées comme les plumes d’un
paon.
Lettre aux fumeurs
La première bouffée de cigarettes est comme l’addiction à l’oxygène pour
maintenir et entrer dans la vie pour un bébé. Pas facile de s’en détacher, il
faut le concours de tous. Celui du toxicomane piégé et des criminels qui
fabriquent ce genre de poisons. Et dire que des populistes veulent
industrialiser le chanvre indien dans le cadre de la pharmacie...
Après trois décades de militance dans l’erreur apatride entêtée, il est
mort d’un cancer au poumon, lors de cette mémorable Journée Mondiale de Lutte
Antitabac !
Avis aux ‘’armateurs’’ et aux empoisonneurs richissimes de la
planète ! Arrêtez de fumer au Maroc et de nous enfumer en
Algérie ! Avant la COP22 ! C’est la cigarette, le tabac, qui précèdent
les drogues addictives qui empoisonnent les enfants et asphyxient…les
peuples…en détruisant le climat !
Soliloquie
Je n’ai plus de sable dans mon sablier, se dit-il. Le temps, mon temps,
s’est arrêté. Le chergui va cesser de souffler sur le Polisario. On entend déjà
les échos des roues républicaines sur ce trône roulant qui fait ‘’Vallser’’’ le
monde, et jaser les chefs et les troublions de la région.
Faut-il lui faire au père de feu Aziz, qui a de toujours vécu en marocain
sous notre drapeau, nos condoléances confuses ? Celles de la patrie
attristée ! Ou jouir en cyniques, sans condescendances, des luttes
internes du harem militariste que laisse Le ‘’Che’’ disparu ? Aziz laisse
un clan d’heureux hagards, tentant de lui succéder. Poussés qu’ils sont, ces
successeurs, depuis leur naissance, par l’orgueilleux pouvoir de l’oligarque
République d’à-côté

Alzheimer ou Avc, la mort nous enlève toute pudeur. La mémoire perdue,
efface d’abord notre personnalité. On n’est responsable de plus rien, ni de ce
qu’on a été, ni de ce qu’on n’a pu faire. L’histoire fond avec l’individu. Un
puceron écrasé. Personnage, peluche de théâtre et de cire, il s’en va, comme
les meilleurs mastodontes ! Individus ou nations, les succès et les échecs
sont aussi une affaire de hasards, pas que de simple travail, de richesses ou
de volonté. Comment se fait-il, se dit-il que la RASD n’a pas marché, alors que
ça fait des décades que des puissances notoires sont derrière son projet ?
Le mien et celui des premiers amis !
Fragilité humaine et volonté d’éternité
Je ne suis plus chez moi, je ne sens plus mes os. J’existe, peut-être
encore, puisque j’arrive à le dire. Tous les objets en vigueur, les richesses,
les vies, les bêtes de somme que nous sommes, triplement assujettis sous les
divers parapluies, sont si futiles que même les empereurs et les rois, nos
ancêtres, les quittent et partent en poussière. Malheurs aux égarés qui vont en
douter, croyant laisser des lustres, cultures et monuments en brillance, pour
leur inénarrable survie. Seul Satan et ses dragons volants, ces crocodiles et
ces reptiles rampants, seuls ces vampires draculéens, jouent leurs rôles de
nains de foires et de freluquets dans ce cirque, navrant et sanglant, d’avant
l’Apocalypse ! Je vous laisse la guerre, dit le cher Aziz, en partant,
outre-tombe, chez le vrai Seigneur.
Il se disait, jute avant de ‘’se clore’’ : ils sont chez moi, en moi,
mais existent-ils encore, alors que je n’ai ni ‘’chez-moi’’ ni ‘’moi-même’’
dans ce corps qui est pourtant le mien. Un corps complexe fait de subtilisations
internationales, de quêtes et de requêtes, de ristournes et de roquettes, de
méchouis de moutons marocains, de chameaux algériens, de sucre cubain et de
farines européennes !
Labile, futile, quasi virtuel, je savais que j’allais partir, sans arrêter
mes combats. Se dit notre héros du jour. Je voulais relancer la guerre n’ayant
plus rien à perdre, puisque je me savais éperdument amoureux, pardon, mourant
…Dieu maudisse le Démon qui me fait fourcher la langue !
Mais j’ai fait mon pèlerinage après avoir visité des centaines de pays
amis. J’ai respecté ma renommée et ma dignité sahraouie. J’ai eu pitié pour les
miens, aussi. Ces milliers de gens, embrigadés depuis des décades, réfugiés,
exilés, qu’on dit être des otages séquestrés !
Mais, n’en croyez rien, ce sont des ragots ennemis, ce sont les protégés de
ce pays ami, l’élégiaque Algérie! Je reste placide face à ces autres batailles
et je ris ! Celles que je mène face aux maladies. Celles dues aussi à
l’exil et aux repentirs, au piège réel d’avoir été endoctriné, puis mal
utilisé, dans un combat entre deux blocs opposés. Je suis une balle perdue,
entre deux sphères devenues ennemies. Je regrette d’avoir instrumentalisé mon
nom et abusé mes tribus exilées.
Embrigadés que nous sommes, dans les chaleurs infernales, dans ce
sanctuaire cagibi, d’où je défie et lorgne mon premier pays. Celui où j’ai
délaissé mon père malade et où j’avais étudié. Si j’ai mal tourné, ingrat que
je fus ? Non je suis un opposant des colons !
Opposant au régime de fer narquois que j’avais combattu et fui. Retenez ces
vérités que je n’avais jamais prononcées, craignant que la vérité ne blesse mes
fiers et bons amis. Si j’ai passé des moments de bonheur entre deux batailles,
des satisfactions guerrières, j’ai aussi quelques dépits et bien regrets, car
je n’ai pas pu libérer mon pays. Ni suffisamment vécu pour voir la paix des
braves s’installer, ni vécu le retour prospère des amitiés intermaghrébines,
sans venins étrangers, ni pu fêter le retour des braves, vers leur berceau
sahraoui !
Parmi les braves
Demain vous allez m’enterrer comme le leader Abdelkrim El Khettabi. Une
relique oubliée, loin de mon pays d’origine. A Tindouf, non, pitié, ne
m’enterrez pas ici ! A Alger, oui, près de la mosquée la plus grande, au
minaret le plus élevée, la plus chère du monde aussi. En attendant l’arrivée
d’autres célèbres amis, je vais planter là mon guitoune ici. Comme fit sa tente
un jour, à l’Elysée, Kadhafi. Une simple tenture, comme à Tindouf, où je
n’avais pas de palais.
Qu’on m’enterre donc là, si le moment était venu ! Avant qu’on achève
de construire le temple de mon ami Bouteflika. Je lui souhaite, malgré son état
invalide, une très longue vie.
Juste pour irriter de ses nombreux successeurs. Je ne vais pas vous
divulguer leurs secrets. Juste pour narguer Valls, puis nos adversaires et nos
ennemis. Il ne faut pas se moquer des malades, des vieux, ni des handicapés.
Pitié pour les commanditaires de ces affreuses caricatures ! Un président est
après tout un homme comme les autres, même s’il est affaibli…Je suis subjectif,
je dois parler pour moi ou pour quelque association d’handicapés, sans
médicaments, non sponsorisés et défriqués !
Nous, les hommes bleus, nous restons des musulmans civilisés. Si on
m’enterre à Laayoune ou Dakhla, ce sera une conquête de martyr, un acquis
prophétique, une victoire mystique. A Marrakech, alors va, c’est d’accuerdo.
C’est une bonne idée. Car mes famille est d’origine chérifienne aussi. Mais,
alors pas loin de chez papa et des miens. SVP !
Je serais dans cénotaphe où je ferais de la concurrence aux Sept Saints.
Mon nom, mon mausolée sera visité par tous les touristes du monde. Ce sera ma
guerre après ma mort. Ce sera un appui symbolique très fort aux résistants
sahraouis. Ce sera mon ultime victoire.
Vous me sous-estimez. On est tellement nombreuses chez les mouches et les
fourmis qu’on pèse plus que les hommes réunis. Ces gros insectes sans âmes, les
vôtre de requins qui n’ont toujours rien compris. J’exagère à peine. Vous
pardonnerez à un malade ses délires divins et sa mystique élémentaire de
sophiste imparfait.
Cette sagesse biologique, c’est un cas d’école. Demandez aux soufis, les
nôtres de grands-pères aux yeux miel et verts ! Mes couacs
d’antimonarchiste marocains primaire, n’ont servis à rien. Et le
sang versé n’aura donné ni les richesses promises ni les libertés espérées.
Je fais là une halte pour vous laisser tous réfléchir à la guerre au
Maghreb, aux pays colons unis qui se moquent de nous et à l’avenir, de tous ces
hommes et ces chefs, sous terre…Je ne suis pas cruel…Je sais que je m’en vais,
mais je vous laisse ce pensum, en guise de testament…J’entends le chant coq, je
pense à Jésus en Israël…me rappeler à la vie, ou me rappeler d’un film…Je
délire avant d’errer sur l’esplanade du paradis. Avec cette Madame Student,
dont vous avez probablement entendu parler.
Imprécations
A quoi sert-il d’être riche, si on n’emporte rien, comme là où je
vais ? A quoi sert le prestige ou le pouvoir, si un jour on doit en être
dépossédé…et enterré ? A quoi servent les plaisirs et les joies, si ça ne
peut pas durer ? A quoi servent les libertés, la culture, la force et les
richesses, si nos frères, nos cousins et nos proches en sont privés ?
Et les amitiés, qu’elles trépassent encore, car je ne serais plus là pour
représenter ce désert ! Ma partie du désert, ma patrie désertée, celle qui
a fait mourir tant de compères soldats ! Bien sûr, elle n’est rien à côté
de celle bien plus vaste de mes grands parrains ! Oui, je parle du
continent algérien et ses incommensurables déserts que personne ne vient lui
disputer. Le cadeau des colons au million de martyrs.
Alors, je les attends mes amis, les autres Aziz, chéris, les victorieux,
qui m’ont de mon vivant épaulé ! J’ai avec moi déjà Aziz Blal, Aziz
Lahbabi, Aziz Wahbi, Ben Barka, Boudiaf et Bourguiba. Et un tas d’autres qui me
font des salamalecs de loin. Merci, merci les amis ! Ils m’ont reconnu car
je suis célèbre. Ils sont magnifiques et beaux, en pleine santé. Comment je
suis moi ? Je viens de casser ma glace ! Ce miroir qui me servait de
rétroviseur pour regarder la télévision. Ils m’appellent pour les rejoindre
avec mon protecteur et ami Boutef. Je viens, j’arrive ! J’ai une 4x4, une
gourde et de l’eau.
L’autre quel que soit son nom, va venir assurément. Mais, je ne sais quand,
je viens en éclaireur pour lui. Aziz, ‘’lama sabaktani’’ ? N’oubliez pas
de charger ma kalach, au canon court, on ne sait jamais !
Pour le moment je radote, mais je vous avais déjà dit ceci. Mes épaules
sont lourdes et squelettiques, mes vestes que je n’arrive plus à me mettre sont
devenues trop amples et élargies. Je dois les vendre comme vêtements de star ou
les donner !
Mes membres impotents et fragiles tremblent. Seules les douleurs les
habitent constamment et les retiennent à ce corps que je ne gouverne plus, car
il n’est plus le mien. Preuve que je ne l’ai pas créé en venant ici. Je vous le
laisse en otage, donnez-le au jaloux Maroc ou à la belle Algérie.
La réincarnation
Je sens une voix sereine qui me souffle ceci. Je te sais aimant Dieu et que
tu veux devenir un ange, dès demain ! Car tu tiens à Lui, pour prolonger
ton existence au-delà de la vie.
Mais avec quelles plumes et quels bras, quel zèle, voleras-tu ? Quelles
lèvres et quelle bouche chanteront au Seigneur, les louanges, dont tu ignores
les paroles, la musique et le sens ? Et en quelles langues, en esperanto
berbère, en espagnol, en arabe hassani ?
Attend, rend-moi des comptes avant de partir…Quel matériel de musique
utiliseras-tu ? Ces harpes de missiles et d’antimissiles que tu lances sur
tes frères, dit l’ami ? Ces tribus de même origine, qui firent l’histoire
de cette même nation que tu as trahie ? Ce pays que tu dénies et que tu
fuies !
Déçu, Aziz le Marrakchi, est inconscient et se dit. Le coq m’appelle, par
instinct ou par reflexe conditionné. Je lui lance sa subsistance, devenue
matinale et quotidienne.
La veuve maniaque de Mitterrand, veille au grain. Elle apporte son soutien
à son beau frère. L’ennemi juré, embastillé par le Monarque, le roi fort en
prétention dialectique, qui repousse tout protectorat sur son pays. Le royal
entêté défie la France arrogante et ses libertés. Le souverain se fait
orgueilleux sur son trône pour narguer les colons invétérés ! Le gardien
suprême est fier de son poste qui jalouse et défie la censure. Il tient à son
trône, à son orgueil de sahraoui, à sa fière histoire, à son juste et uniciste
pays.
Histoire et évolution cosmique des hautes sphères. Je le vois m’appeler lui
aussi…Naâme a Sidi ! Il est avec son père, en djellaba grise et tarbouche
watani. Et tous les chorfas qui sont passés, je les retrouve ici…Il y a même
Moulay Idriss, son ancêtre de père et sa mère Kenza El Amazighi . Il égrène une
grappe de raisin vert et commence à tousser. J’ai peur pour lui et sa dynastie.
Je me réveille en sursaut, mais de quoi ai-je rêvé ? Ici, en bas, la
censure se fait prohibition. Pas de cacas sur les marches du salon. Les fourmis
qui cherchent les restes infestent la maison. Il y en a qui sont venus te
chercher…
C’est un compagnon de solitude, venu de chez les voisins ! Un coq
gaulois parachuté par un ovni ? Avec comme armes, ses ergots et ses griffes,
son plumage de paon qui plait et qui lui donne des ailes. Demain, tu seras au
pot, j’ai peur pour toi, Coco ! Ta vieille maîtresse va te vouer à la
gamelle pour honorer ses hôtes. Tel ce vaillant chevalier des arabes d’antan.
Dans cette anthologique légende, tu seras offert ! Cuit, à ceux qui
viendront t’acheter vivant, pour fertiliser leurs haras et leurs basses-cours.
Si le coq survit et chante encore, moi Abdelaziz, el cheffe, la cabezaa du
Polisario, je n’étouffe plus. Je sens que je vais partir…sur mes terres. Libre
des mouvements que je n‘ai plus !
Mais, disais-je, où va-t-on m’enterrer ? J’irais rejoindre Arafat,
Saddam et mon héros bienfaiteur, l’empereur d’Afrique, Kadhafi! Je retrouverais
les acteurs que j’aime tant et dont je n’ai plus les nouveau films ni les noms,
tous les artistes et les poètes de la planète et les prix Nobel. Je vais enfin
avoir le temps de lire les lyrics et de vous envouter de mes chants…Vous
m’entendez… ?
Personne ne me parle plus. Et pourtant je les aperçois encore…Mes amis
m’ont laissé pourrir dans cette geôle qu’ils ont fabriquée à ma mesure, me
laissant entre les mirages du désert et la solitude des fausses libertés. Je
pensais que je trimais pour les miens, mais en fait, et ce n’est pas la joie,
j’ai de toujours travaillé pour eux !
Mais maintenant, je suis en prison, alors que je n’ai plus de corps. Je
suis libre, mais je n’existe pas…Du moins pas encore, ou que je n’en suis pas
conscient. Ai-Je jamais été conscient de quelque chose ? Je suis seul
comme les milliards de milliards d’êtres qui ont colonisé la terre, un
reptile ? Un automate ? Une salamandre, une tortue !
Résipiscence
J’ai sué, courbé l’échine face aux terribles dictateurs des services
‘’sucrés’’ et de l’armée ! J’ai milité pour ainsi dire, pour mes idées,
ployé ou vécu, brimé. J’ai fait la joie de pourritures hypocrites
hypertrophiées ! De beaux êtres qui finissent tous dans la boue, et qui
croyaient être les meilleurs seigneurs de la terre. Ils étaient terriblement
puissants et riches, méprisants et perfides…Ils sont maintenant, morts, ils
gisent, plus calmes et nus, je les vois, dans leurs linceuls troués, collés
encore à mes côtés. Vont-ils encore me saouler de leur dialectique et me
formater de travers ? Iront-ils pour les miens me pousser contre ceux de
mon pays ?
Des millions de soldats, de civils de tous les âges, des réfugiés et des
noyés, applaudissent son entrée sur scène. Ils l’ont reconnu. Ils n’attendront
pas l’Apocalypse ni la Résurrection pour entrer au Paradis des braves.
C’est à cause des destins et des hasards que Dieu pardonne leurs erreurs aux
démunis, sans santé, ni moyens ni vraies libertés.
Dr Idrissi My Ahmed, Kénitra, le 01 juin
2016